 Gagneur : L'ivresse de l'altitude, ivresse des profondeurs. Partie 2 | mardi 29 juin 2010, 21:50
Alors donc que faire quand on se sent tout le temps de sauver l'impro, le spectacle, sauver tout le monde entier de l'impro?
Considérer que l'autre, QUEL QUE SOIT SON NIVEAU, a sa place en jeu. Intégrer que sa formation, son expérience ne sont, ni meilleures, ni pires, juste différentes. Mettre en valeur ce qui est apporté. Il ne s'agit pas de tolérance mais d'acceptation. Et même d'enthousiasme.
Christophe Tournier parle d' « Accompagner l'autre ». Pour entraîner ça, il y a bien sûr l'exercice d'enthousiasme consistant, au cours d'une impro à 2, à recevoir avec une immense émotion positive chacune des propositions faites par l'autre. Vous pouvez aussi relire l'article sur les règles du service, pour aller plus loin sur la différence entre l'aide et de le sauvetage et les raisons de préférer l'aide.
Il y a, par ailleurs les exercices de groupéité, qui redonnent à la personne un rôle important sans que celui-ci soit rattaché spécifiquement à elle :
- Les délégués : 2 personnes lancent tour à tour des arguments simples dans un débat qui ne l'est pas forcément. (Sujet délicat ou inepte…) A chaque fois, tout le reste du groupe se déplace, physiquement, derrière la personne qui vient de lancer un argument et vient la supporter par tous les moyens possibles.
Veiller à ce que le support ait le temps de se développer et de prendre sa place. Veiller à ce que le groupe supporte le risposteur et non pas descende l'autre en face. Et faites passer chaque personne du groupe une fois au moins en riposteur. On peut ensuite debriefer en faisant exprimer le sentiment de légitimité et de confiance en soi des riposteurs, créé par le groupe derrière.
- Réactions de groupe à 4 : 4 personnes sont assises ou proches physiquement. Une autre, extérieure, leur donne un lieu. Les 4 personnes doivent réagir toutes de manière identique à tout élément qui viendrait modifier le cours de l'histoire (paroles autorisées). Les autres peuvent venir sur scène ou faire des services. C'est aussi un gros exercice d'écoute. Qui permet de se décentrer de sa propre performance.
- Les photos-souvenir, où chacun fait un élément fixe d'un panorama.
- Conversation un mot à la fois : C'est un dialogue entre 2 personnages. Mais chaque personnage est joué par un groupe de quelques personnes. Les phrases des personnages sont construites par les personnes du groupe qui, sans concertation, ajoutent, tour à tour (ordre défini) un mot à la phrase. Celle qui considère que la phrase est finie mettra sur son mot l'intonation qu'elle considère bonne ( ?- !-.-…). Avant de tenter la conversation, il est possible de commencer par le monologue….
Certains joueurs ne passent jamais par ce stade et c'est tant mieux ! Mais pas mal d'autres y restent un long moment, ce qui n'empêche pas de passer professionnel. Au contraire même… Je pense que ce défaut aurait tendance à pousser à la professionnalisation. Car mal auto-perçu, il peut être considéré comme un signe de professionnalisme…
Bon, et là, c'est pas de pot, si vous êtes effectivement dans un fonctionnement de gagneur, il y a fort à parier que vous considériez que ce message ne vous concerne pas actuellement, ni à aucun moment du passé… Mais après, c'est à vous de gérez la manière de recevoir tout ça Je peux me tromper.
A titre perso, j'ai pas mal évolué sur ce comportement. Mais c'est vrai que dans des moments de fatigue, ça peut me reprendre… C'est pas encore totalement automatisé…Comme je le dit de temps en temps à mes clients : « J'ai pas dit que c'était facile, j'ai dit que c'était indispensable ! »
Biblio-sitographie:
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|  Gagneur : L'ivresse de l'altitude, ivresse des profondeurs. Partie 1 | mardi 15 juin 2010, 22:58
J'ai récemment fait l'expérience du point auquel je pouvais être désagréable en impro il y a à peine plus d'un an… C'est quand même beaucoup plus facile de réfléchir à un truc a posteriori…Surtout quand c'est un truc pas top…
Vous est-il déjà arrivé de vous sentir bon en impro ?
Vous est-il déjà arrivé de vous sentir très bon ?
Particulièrement bon ?
Tellement bon que, peu importent les thèmes, les catégories, vous savez que vous vous en tirerez ?
Et même si bon que vous avez la capacité de « prendre en charge » l'impro… Faire avancer dans la trame de l'histoire, faire les personnages, voire même devancer les services, émailler le tout de bons mots, faire la fin…
Si ce n'est pas le cas, ce post vous permettra seulement de comprendre pourquoi vous pouvez ressentir de la violence à jouer avec des gens qui, pourtant, ne font « que » bien jouer. Quoique « bien » ne soit pas, du coup, le mot le plus adapté…Disons alors « Jouer de manière techniquement avancée.»
Si par contre vous turbinez à fond pour sauvez l'impro et avez tendance à trépigner lorsque votre coach vous oblige à ne pas rentrer sur une impro qui, évidemment, rame. Alors, bingo, vous êtes gagneur.
Ce qui n'est pas brillant.
Enfin si…Vous avez du niveau. C'est bien. C'est beaucoup mieux que bon nombre d'improvisateurs-trices de votre (ou des autres) équipe(s). Mais le problème, c'est que vous le savez…
En analyse transactionnelle, on parle parfois des positions de vie, il s'agit de croisement entre la perception de la valeur relative que l'on s'accorde et que l'on accorde à(ux) l'autre(s). Il y a quatre positions possibles :
1- Nous sommes tous les deux valables (OK+/OK+) : Posture de gagnant
2- Je suis valable, tu ne l'est pas (OK+/OK-). Posture de gagneur.
3- Je ne suis pas valable et toi tu l'es (OK-/OK+). Posture d'infériorité
4- Nous ne sommes valables ni l'un ni l'autre (OK-/OK-). Posture de renoncement…un brin suicidaire…
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|  | Je vais surtout m'intéresser à la 1 et à la 2. Car l'idée n'est pas de parler des gens qui en sont à leur première année d'impro (qui adorent la 3…) mais de vous, qui, honnêtement, ne vous classez plus dans les débutants.
Ainsi, le besoin d'omniprésence, le sentiment d'être un élément clef du groupe en scène, le sentiment de ne pas jouer avec des personnes de votre niveau, dénote que vous fonctionnez un brin en gagneur. Les regards de travers des autres joueurs en sont aussi un bon indicateur…
En quoi est-ce une réserve de puissance pour votre jeu que de passer de gagneur à gagnant ? Et pourquoi ces regards de travers ???
Et bien ça tient dans les 2 phrases courtes qu'on utilise pour expliquer ces 2 positions de vie :
- Gagnant : «Allons-y ensemble.»
Bien sûr ce n'est pas toujours énoncé de cette manière. Ce qui peut être très violent néanmoins. Quelques exemples récents de synonyme de « Vas-t-en »/ « Allez-vous-en » :
Un joueur a qui on donne le tour pour rentrer sur une mixte, participe et accepte tout le caucus et finalement, sans prévenir quiconque, commence une impro avec un caucus qui n'a rien à voir. Une joueuse qui fait tous les personnages secondaires de l'impro alors que les autres tentent aussi d'en faire. Un joueur sur le banc qui se plaint au coach en s'énervant contre une action en train d'être posée ou un joueur en jeu.
Trop avancés pour dire des « Non » ou des « Oui mais » mais qui, sans les dire, les traduisent en action, émotions, inerties ou rétropédalages.(Quoique…Une joueuse qui en « tacle » un autre en lui répondant qu'elle ne le connais pas, juste après une belle déclaration d'amour…C'est un refus déguisé derrière un cheveu… Il y a plein de manière de faire des « Action-Oui mais »
Ça peut vite devenir insupportable. D'autant qu'en match, ce sont ceux-là qui vont attirer les faveurs du public. Ça peut agacer...
Et ensuite ces bons techniciens -J'insiste là-dessus, ce sont des personnes avec des vraies compétences et qualité d'impro. C'est d'autant plus difficile de s'adresser à eux/elles – ces bons techniciens ne comprennent pas pourquoi, on les snobe, on les trouve désagréables, les blackliste… Mais ce n'est, en fait, qu'un retour de violence.
Alors que faire ? Potions, onguents, pilules et autres suggestions de remèdes dans le prochain article.
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|  Rencontres de l'Instant : Réflexion sur les performances croisées entre impro musicale et théâtrale | lundi 10 mai 2010, 13:54
Le week-end du 1er mai, j'ai participé aux Rencontres de l'Instant. Je n'y avais jamais participé et c'était très flou, pour moi, ce que ça pouvait donner… L'idée générale : « On met des gens ensembles et il-le-s font des trucs. » Un rien léger comme description… Et j'ai pas mal flippé, avouons-le sur ce à quoi allait ressembler ce festival… Un peu peur du grand n'importe quoi, avec 3 jours de « toujours la même chose » Et bien non !
Il y avait des gens de tous horizons artistiques mais la constante c'était qu'il-le-s avaient toustes un niveau de capacités improvisatoires confirmé.
Peinture, modelage, chant, instruments du monde, électriques, electroniques, danse, théatre,…
Des groupes décidés par l'organisation à l'avance. Des gens qui font connaissance juste avant le spectacle. Une heure de scène avec un titre global à la scène : Aviskada, Les Répliquants, Plume de Licorne et Œil de Lynx, Circle Axing, Eyjafjöll, Histoire d'entendre… Voilà la recette de ces cocktails qui ont donné des ambiances, des histoires, des moments de sensation et d'émotion très varié-e-s. Un grand plaisir et une grande découverte pour moi.
Et aussi une réflexion sur les performances croisées entre impro musicale et théatrale…
Lors de la première performance à laquelle j'ai participé aux Rencontres de l'Instant, je me suis retrouvé face à une difficulté inattendue. Il y avait 7 personnes sur scène. Dont 4 à la musique et 2 à la danse. (Cherchez le 7e J ) J'ai donc fait une histoire de 45 minutes car c'était le temps qui nous était imparti. A la fin de l'histoire, les musiciens ont continué à jouer. Pendant une demi-heure ! Tant et si bien que j'ai redonné de la voix, ne sachant plus trop ce qu'on attendait de moi… Et j'ai fait un truc, un brin décousu, avec des phrases sans énormément d'articulation entre elles. Avec beaucoup de pauses. Or, il semble que mes partenaires musicaux aient préféré cela à la belle histoire bien construite du départ.
Ce n'est que le lendemain que j'ai compris pourquoi.
Pour les personnes avec lesquelles j'étais, la construction n'était pas une préoccupation du tout… Car la construction sur l'instant et dans la longueur, d'un ensemble cohérent mais sans avoir de canevas/motif préalable semble, en musique, très rare. En gros, se mettre à 4 musicos pour complètement improviser un morceau de musique structuré, ça semble difficile. Alors qu'improviser une histoire qui pourrait être écrite, pour des théatreux, ça me semble bien plus fréquent.
En conséquence, le musiciens avec lesquels j'étaient, mais aussi ceux que j'ai pu voir à d'autres moments ce week-end, et quand j'y repense, ceux de sessions de jazz près de chez moi, cherchent à créer une ligne globale, sur laquelle, de temps en temps, l'un d'entre eux-lles va se détacher et faire un solo impromptu ne tenant plus trop compte des autres. Cette ligne globale pouvant être improvisée (C'était le cas lors des Rencontres.) ou bien être un motif pré-écrit (C'est souvent le cas en jazz.). Et le solo se retrouve ainsi comme une perle sur le fil mélodique personnel. Fil qui se tresse avec ceux des autres, portant leur propre solo.
Et dans ce tableau du vendredi, où le théâtreux, c'est-à-dire moi, était en minorité, je pense avoir été considéré par les autres comme un musicien… Et ils s'attendaient à ce que je me taise plus souvent… Afin de pouvoir faire leurs solos eux aussi.
Mais moi, j'avais un autre point de vue, celui du théâtre. Et dans mon cas particulier, la construction et donc l'histoire et sa cohérence passent avant tout. Il ne s'agit pas de faire une somme de petits moments brillants, comme des jeux de mots ou des images poétiques enfilé-e-s sur un fil mais de faire une globalité. Un seul fil d'or.
Ce qui implique que, si dans les 5 premières minutes, je commence une histoire sur un rythme tel qu'elle durera 45 minutes, je ne peux pas abandonner comme ça, l'impro pendant un temps indéterminé, le temps que chacun fasse son solo…Le temps tourne et l'histoire doit avancer…pour pouvoir terminer !!! Début, milieu, Fin…
Ce sont donc 2 conceptions qui se sont rencontrées…
- Une idée où chacun va, tour à tour ajouter un élément tout en soutenant l'apport des autres quand c'est le temps, comme une tresse avec une ou 2 perles sur chaque fil.
- Et une idée ou tout le monde tend à participer à une tresse, dont un seul est ciselé d'or sur toute sa longueur.
2 conceptions juste différentes, chacune adaptée à un contexte.
Alors il a fallut partir sur des histoires bien plus courtes, coupées en morceaux de 2 à 3 minutes, toutes les 10 minutes ou encore plus ventilée et distillée, une phrase par minute ou toutes les 2 minutes. Ce que j'ai fait le dimanche et qui a été bien plus apprécié par mes partenaires de jeux, qui ont eu le sentiment de pouvoir bien plus exister.
Mais il a fallut, par ailleurs occuper ce temps de silence.
Car l'autre difficulté de cet exercice multi-disciplinaire, c'est que, en théâtre d'impro, on est formé à faire la trame narrative, les personnages, les décors les bruitages, les mimes et l'ambiance.
Que reste-t-il alors à faire lorsque des personnes en danse se chargent du mouvement, des personnes en musique se chargent potentiellement des bruitages et musiques et qu'il y a une dizaine de personnes sur une petite scène sans qu'aucune ne doivent trop attirer l'attention sur elle ?
Peu. Des émotions, de la poésie de mot, la trame narrative (qui ne doit pas être trop élaborée, voir plus haut…). Alors, j'ai dansé, posé, regardé le public intensément. Pris mon temps en quelque sorte. Et finalement, l'expérience fut agréable, belle, un rien hypn0tique, ouvrante. Ouvrante, beaucoup.
Rien à voir avec tout ce que j'avais fait auparavant…
Et, une fois la bonne place trouvée, ça m'a fort donné envie de recommencer… |
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|  Liens | D'autres blogs au sujet de l'impro..? Blogs de plusieurs improvisateurs-trices d'horizons variés. Le blog de Monsieur Christophe Tournier. Une référence francophone! Ian Parizot officie sur Le Caucus mais réfléchit à l'impro sur son propre blog aussi. De bon aloy.
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